lundi 16 juin 2014

Je relève vos copies dans 4 heures


Sujet n° 3 

Commentaire de texte :

« La philosophie est affaire d'enfance, tout comme la fascination pour les animaux - non pas qu'elles soient puériles, mais au contraire parce qu'elles ont le sérieux de tout ce qui est à l'état naissant, de tout ce qui inaugure un monde. »
Alain Cugno, La libellule et le philosophe.



mercredi 4 juin 2014

862 jours à l'Hôtel des Amériques

Tu aimais Catherine. 
Tu aimais ce film.
Tu aimais ce dialogue.

« Je savais que je finirai par te retrouver. Je te suivais à la trace comme un chien. Je ne te lâcherai plus. Je te poursuivrai toujours où que tu ailles. Ecoute. Voilà. On va tout recommencer. Tout recommencer. On peut même faire comme si on se connaissait pas. Comme si on ne s'était jamais vu. Comme si c'était la première fois.
Tu ne vas pas me dire que c'est un orage qui va nous séparer? On est plus fort que ça, non ? On est plus fort que ça, hein ? Mais dis moi que oui. Vas-y... Dis moi que oui. Dis moi oui ».

Tu m'aimais aussi, je crois.

C'est pour cela, sans doute, qu'après 2 ans, 4 mois et 11 jours, je n'arrive toujours pas à leur dire oui.


lundi 2 juin 2014

J'ai rêvé que je n'étais pas Jane Fonda

Brautigan était assis. Il me regardait derrière le petit secrétaire de l'hôtel miteux où nous avions échoués.
- Non, je ne te ferai pas lire. N'insiste pas.
Alors qu'il était sorti un instant pour disparaître dans un buisson de mûres. J'en profitais pour m'emparer de ses feuillets.




*« J'ai essayé de te décrire à quelqu'un, il y a quelques jours. Tu ne ressembles à aucune autre fille.
Je ne pouvais pas dire : - Eh bien, elle ressemble à Jane Fonda, sauf qu'elle a les cheveux roux, qu'elle n'a pas la même bouche, et que bien sûr ce n'est pas une vedette de cinéma.
Je ne pouvais pas dire cela parce que tu ne ressembles pas du tout à Jane Fonda.
J'ai fini par te décrire en te comparant à un film que j'ai vu quand j'étais enfant à Tacoma, dans le Washington. Je crois que c'était en 1941 ou 1942, quelque chose comme ça. Je devais avoir sept ou huit ans, ou peut-être six. C'était un film sur l'électrification à la campagne, le type même du film moral des années trente, au temps du New Deal, parfait pour les enfants.
Le film montrait la vie des fermiers à la campagne sans électricité. Il leur fallait des lanternes pour s'éclairer la nuit, pour coudre et lire, et ils n'avaient aucun de ces appareils ménagers que sont les grille-pain ou les machines à laver, et ne pouvaient pas écouter la radio.
Puis ils construisirent un barrage, avec de grandes génératrices d'électricité; ils plantèrent des poteaux dans toute la campagne et tendirent des fils à travers champs et près.
Il y avait quelque chose d'incroyablement héroïque qui émanait du simple fait de planter des poteaux pour soutenir les fils. Ils avaient l'air anciens et modernes en même temps.
Puis le film montra l'Electricité, comme un jeune dieu grec venu vers le fermier pour l'arracher aux ténèbres de sa vie.
Soudain, le fermier avec ferveur tournait un bouton et il avait de la lumière électrique pour traire ses vaches, à l'aube, dans les petits matins sombres de l'hiver.
Les familles des fermiers purent alors écouter la radio et avoir des grille-pain et des tas de lumières vives près desquelles on pouvait coudre des robes et lire le journal.
C'était vraiment un film extraordinaire, qui m'emplissait d'enthousiasme comme quand j'écoutais la Bannière étoilée ou que je voyais des photos du président Roosevelt ou que je l'entendais à la radio "...Le Président des Etats-Unis..."
Je voulais que l'électricité aille partout dans le monde. Je voulais que tous les fermiers du monde puissent écouter le président Roosevelt à la radio. 
C'est à cela que tu ressembles, pour moi. »*


*Extrait de "La Vengeance de la pelouse" - Brautigan (Nouvelles, 1962-1970)*